Hollywood de Ryan Murphy en deux mots: Pertinemment idéaliste.

Hollywood de Ryan Murphy en deux mots: Pertinemment idéaliste.

Poster Hollywood
Poster Hollywood – Netflix

Synopsis:

Jack Castello, un ancien militaire tout juste revenu du front s’installe à Hollywood avec sa femme qui attend leur premier enfant pour tenter sa chance à une carrière d’acteur. Ses parents lui ayant toujours dit qu’il avant de la chance d’avoir une beauté extérieure évidente car il n’était pas très futé, il veut leur prouver qu’il peut devenir quelqu’un, se faire un nom à Hollywood tout en subvenant au besoins de sa famille.

Trailer officiel – Netflix

Ryan Murphy

Ryan Murphy, Ryan Murphy, Ryan Murphy… Le moins que l’on puisse dire c’est que chacun de ses projets m’enthousiasme. Je ne le suis pas au point de mettre un Google Alert sur son nom mais à chaque fois que je découvre une de ses œuvres, c’est une véritable petite claque intellectuelle et esthétique que je me prends au visage. Depuis Nip/tuck, en passant par Glee et Scream Queens, sans oublier ses meilleures séries American Horror Story et American Crime Story, Ryan Murphy nous emmène dans des univers édulcorés à outrance pour parler de pulsions extrêmes ou d’ambitions maudites qui caractérisent ses personnages toujours à la limite de la caricature d’eux-mêmes. Si vous cherchez des personnages avec 1 milliard de couches, passez votre chemin.

The guys of Hollywood (Darren Criss, Jeremie Pope David Corenswet & Jake Picking) - Netflix
The guys of Hollywood (Darren Criss, Jeremie Pope David Corenswet & Jake Picking) – Netflix

Une Histoire du cinéma fictionnalisée

Avec Hollywood, le créateur de séries de génie – n’ayons pas peur des mots – s’attaque au monde du showbiz dans les années d’après guerre des années 40-50. Un âge d’or du cinéma hollywoodien qui voit naître des légendes du cinéma tels que Humphrey Bogart (Casablanca – 1942) et Vivien Leigh (Autant en emporte le vent – 1939). La série introduit certains personnages ayant vraiment existé tels que l’acteur Rock Hudson, l’agent artistique Henry Willson et les actrices Anna May Wong (première actrice asiatique considéré comme une star de cinéma) et Hattie McDaniel (première actrice de couleurs ayant remporté un oscar). La série est une fiction qui s’inspire librement de la vie fantasmée de ces personnages réels comme dans American Crime Story – L’assissinat de Gionni Versace qui n’avait pas été soutenu par la famille Versace dans sa véracité.

Hollywood suit cette envie de fictionnalisation à travers une réécriture engagée de l’Histoire du cinéma de l’époque permettant ainsi la revanche de certains personnages réels dans un monde fictionnel. Les rumeurs d’homosexualité de certains et de vol de rôles à des minorités pour d’autres sont les sujets saillants de cette mini-série. Une dénonciation que les détracteurs de la série qualifient de « mignonnette » mais qui a le mérite d’être omniprésente et de lancer le débat.

La série

La série suit le rêve américain de 6 personnages principaux: Archie Coleman (apprenti scénariste), Raymond Ainsley (apprenti réalisateur), Jack Castello, Rock Hudson (apprentis acteurs) , Camille Washington et Claire Wood (apprenties actrices). Tous essaie de percer à leur manière dans le business. Leurs différentes rencontres avec des producteurs, agents artistiques et toute personne assez puissante pour influer sur leur carrière respective vont façonner leur illusions et désillusions sur le milieu du cinéma. Entre prostitution, racisme et homophobie, on est tout de suite mis dans le bain. Tout l’enjeu de la série est de savoir si le jeu en vaut la chandelle.

Tous les personnages vont se réunir autour de la production d’un film intitulé Peg dont le scénario a été écrit par Archie. L’héroïne du film, Peg Entwisle, a réellement existé. Cette dernière, apprentie actrice, s’était suicidée en 1932 en sautant du haut de la lettre H de l’emblématique panneau HOLLYWOOD. Tout l’envers du décor du cinéma hollywoodien est dévoilé par le prisme du développement de ce film. En parlant de son financement, son casting et sa sortie en salles, la série aborde les choix inhérents de la boîte de production afin de rendre un film rentable, à l’époque mais cela s’applique clairement à aujourd’hui également.

The Women of Hollywood (Samara Weaving & Laura Harrier) - Netflix
The Women of Hollywood (Samara Weaving & Laura Harrier) – Netflix

Racisme, prostitution & homosexualité

La série se permet alors d’attaquer de front les sujets de racisme. Faut-il évincer un scénariste noir pour le remplacer par un blanc au générique? Quelle répercussion y aura-t-il d’annoncer une actrice noire en tête d’affiche surtout lorsque le Ku Klux Klan était à plein régime? Le réalisateur d’apparence blanche doit-il continuer à se fondre dans la masse et renier ses origines asiatiques? La petite touche assez jouissive est l’apparition du personnage d’Eleanor Roosevelt qui a été une activiste pour la cause noire-américaine pendant son temps à la Maison Blanche en pleine période de ségrégation. Une rencontre fictive qui souligne l’importance de la Culture dans les mœurs et son rôle dans le façonnement de la mentalité collective. C’est le rôle des media et de l’industrie cinématographique qui est souligné dans cet échange sur-réaliste.

La série ne se contente pas de cette interrogation raciale mais aborde également le harcèlement moral et physique des personnes puissantes d’Hollywood et les choix limités des apprentis acteurs pour survivre le temps de percer dans le milieu. Alors, oui, cela peut paraître cliché et facile d’intégrer la prostitution avec les femmes âgées ainsi que la relation de domination de l’agent artistique avec son poulain homosexuel. Néanmoins, cela ne doit pas être loin de la réalité et même si la violence de ces actions n’est pas vraiment retranscrite dans cette série haute en couleur, elles n’en sont pas moins présentes. « Si tu veux ce rôle, tu vas devoir faire ça », cliché mais pas si loin de là réalité si on en croit les échos des scandales hollywoodiens que l’on a de nos jours.

Le cinéma et ses scandales

Dans le contexte actuel de l’industrie du cinéma qui a vu le mouvement #MeToo avec les scandales Harvey Weinstein et ses attouchements sexuels ou bien Bryan Singer et ses supposés harems de minets, les accusations de whitewashing (comprendre donner le rôle à un acteur blanc pour un personnage de couleurs) et de straightwashing (comprendre donner le rôle à un hétéro pour un personnage LGB), la série joue effectivement un rôle très « timide » mais en même temps, était-ce réellement son rôle? Hollywood est avant tout une mini-série de divertissement, ne l’oublions pas.

Le mélange de réalité et de fiction est exactement l’angle que veut donner Ryan Murphy à cette série. Il ne prétend pas relater la vérité ou dénoncer les horreurs par un élan révolutionnaire mais il propose une relecture des aberrations passées pour potentiellement faire mieux dans le futur. Plus qu’un procès, c’est une utopie idéaliste à laquelle il veut faire croire. Un élan optimiste d’un gamin rêvant encore du rêve américain.

Les critiques de la série sorties soulignent le fait que celle-ci veut tout aborder et se mélange les pinceaux dans une complexité scénaristique sans véritable sens de la réalité. Euh…. bah oui en fait… Duh.

Anna May Wong

Petit aparté maintenant sur le sujet abordé par la série qui m’a le plus touché. C’est évidemment son questionnement sur la représentativité asiatique dans le cinéma. En intégrant l’arc narratif d’Anna May Wong dans la série, Ryan Murphy permet une revanche bien méritée. A l’époque, le code de l’industrie cinématographique interdisait les gestes intimes entre différentes ethnies: pleine période de ségrégation, je le rappelle. Pour le film Visages d’Orient (1937), Anna May Wong a donc été évincé au profit d’une actrice blanche (Luise Rainer) qui a plus tard obtenu l’oscar pour le rôle. La série de Ryan Murphy intègre cet épisode en rendant l’actrice alcoolique de par sa déception mais lui donne une chance de rédemption dans le film fictif Peg/Meg. Une seconde chance qu’elle n’a jamais eu dans la vie réelle.

La représentativité asiatique, les clichés dans le cinéma américain

Ce personnage pose la question des clichés des personnages asiatiques dans le cinéma américain. En effet, quand on pense asiatique, on pense évidemment arts martiaux et sidekick, on ne pense pas tête d’affiche dans un drame ou une comédie romantique. Les rôles proposés aux acteurs et actrices d’origine asiatique sont limités. La raison? Peut-être cette rumeur qui circule comme quoi un directeur de casting hollwoodien aurait dit que les acteurs et actrices d’origine asiatique ne sont pas très expressifs. Un petit racisme ordinaire ne fait pas de mal. C’est assez dur de trouver un « modèle » auquel s’identifier en tant qu’asiatique. Où est le mec dans une agence media qui vit sa vie parisienne et qui n’est pas un expert en arts martiaux ou en informatique ou bien gérant d’un restaurant…?

Heureusement, certains acteurs réussissent à renverser la tendance. Lucy Liu choisit dans le rôle d’Alex dans l’adaptation cinématographique de la série Charlie’s Angels ou bien John Cho dans le lead d’une série comédie romantique où le script de base prévoyait un britannique plutôt âgé. Des contre-exemples qui font plaisir à l’asiatique que je suis, comme quoi c’est tout de même possible même si rare. Avec la sortie de Crazy Rich Asians comprenant un casting exclusivement asiatique et son succès au box office, on espère que les choses changeront un peu mais seul le temps nous le dira.

« It’s certainly a personal revolution for me,” said Cho. “Asians narratively in shows are insignificant. They’re the cop, or the waitress, or whatever it is. You see them in the background. So to be in this position . . . is a bit of a landmark. »

Source: Star Trek’s John Cho breaks barriers as romantic lead

Sur la représentativité asiatique et des minorités dans le cinéma Hollywoodien, voir cet intéressant graphique interactif sur le lien suivant:

Représentativité asiatique à Hollywood depuis 1997.

Conclusion

Cette mini-série de Ryan Murphy est un must-see. Ne serait-ce que par l’abondance de sujet abordé. Evidemment, cette réécriture de l’Histoire du cinéma est beaucoup plus mignonne que la réalité mais c’était le but de Ryan Murphy: pouvoir donner un happy ending à tout ceux qui sont et ont été lésé par l’industrie hollywoodienne.

« I was very interested in Anna May Wong and Hattie McDaniel and Rock Hudson because they were all people who should have been able to be themselves and be celebrated, but were not.

They were victims of the Hollywood system and they were under-appreciated. All three of those people had tragic endings. I was interested in this idea of giving them happy endings. » Ryan Murphy

Conversation avec les créateurs de la série – Netflix

Et dans cet objectif, il s’est donnée toute liberté. On retrouve son sujet favori des laissés-pour-compte qui arrivent à s’en sortir (pensez Glee et l’épisode final). C’est une vision optimiste et naïve du rêve américain. Une vision simpliste qui effleure tout de même tous ses vices sans ménagements. Quand on y pense vraiment, la moitié des enjeux est assez scandaleux et c’est tout l’intérêt de cette série. Sans donner de solutions, elle permet de lancer les discussions. Je ne saurai compter d’ailleurs le nombre d’articles qui ont du coup repris tous les faits historiques de la série: « Mais que s’est-il passer en vrai avec Anna May Wong? » « La vraie relation entre Henry Wilson et Rock Hudson ». « La vérité sur Peg Entwisle ». Articles que j’ai lu car passionnants en réalité.

Well done Ryan!

Hollywood, disponible sur Netflix.com

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